lundi 25 juillet 2022

SPYDERCO PUUKKO



La célèbre marque à l’araignée...

Cette marque américaine est reconnaissable d’un seul coup d’oeil grâce à ses designs bien marqués et à son fameux Spyderhole situé sur la lame qui permet d’ouvrir le couteau d’une seule main.

Personnellement, Spyderco est ma marque préférée pour le ratio qualité/prix de ses couteaux pliants.

Dans l’ensemble, le choix des matériaux et la qualité de fabrication est toujours au rdv et pour ce qui est des designs il y en a pour tous les goûts. Je tiens également à souligner la qualité des serrations de Spyderco qui sont pour moi les meilleurs du marché à l’heure actuelle.


Pour couronner le tout, M. Sal Glesser le big boss de la compagnie est une personne fort sympathique.

Pour anecdote, j’ai eu la chance de le rencontrer un jour grâce à Fred Perrin sur un salon (IWA) en Allemagne où nous avons échangé quelques mots. Lors de notre petite discussion, j’étais en train de jouer avec un de mes portes clés de défense et il a trouvé l’outil intéressant, du coup je lui ai offert. Quelques minutes après il est revenu avec un Spyderco Civilan, un t-shirt et une photon micro light à l’effigie de la marque et tout ça rien que pour moi. Je ne vous raconte même pas la surprise et la joie que j’ai ressenti, un vrai gosse et un super souvenir !


Revenons maintenant à notre Spyderco Puukko.

Ce modèle est le fruit d’une collaboration avec le coutelier Pekka Tuominen, ses couteaux custom sont vraiment de très bonnes qualités. Je vous invite à visiter son site internet : 

http://www.puukkopekka.com

Dans l’ensemble, la qualité de fabrication et la finition du Syderco Puukko sont au rdv comme pour tous les modèles de cette marque.


Le choix de l’acier CPMS30V permet d’avoir un pouvoir de coupe très bon, mais celui-ci est trempé trop dur (HRC) et le tranchant en devient fragile et de ce fait pas forcément facile à affûter sur le terrain (j’ai eu le droit à plusieurs « chips » sur le tranchant à la fin du protocole HPL).


Le choix de ce type d’émoutures scandinave est forcément logique pour un Puukko digne de ce nom. La géométrie et la hauteur de celles-ci en fond un Puukko polyvalent.


L’ergonomie du manche est légèrement trop saillante sur la zone inférieure ce qui est assez gênant au niveau des doigts lors d’une prise en main ferme et prolongée (contrairement aux couteaux custom de Pekka Tuominen qui possèdent une prise en main très bonne).


Le choix du bois de fer pour le manche est sympathique d’un point de vue esthétique, mais les puristes de couteaux scandinaves auraient peut-être préféré un manche en bouleau qui est le bois traditionnel pour ce type de couteau. 

Il y a eu quelques retours négatifs quand ce modèle est sorti sur le marché (manche cassé). Mais pour palier à ça, Spyderco a sorti une version avec un manche en G10 plus solide. Pour cette version en bois de fer, un talon en laiton comme la plupart des modèles custom de Pekka Tuominen aurait peut-être aidé à gérer ce problème de « fragilité ». 

Après il faut relativiser quand même, car le couteau a passé tous les tests du protocole HPL et le manche a tenu le coup sans se briser. Le bois a également cet avantage d’avoir un touché agréable et un grip intéressant quand il se patine avec le temps. Pour conclure sur la « fragilité » du manche, ce type de couteau n’a pas été développé pour recevoir des coups violents sur le talon (comme la plupart des couteaux), mais plutôt pour être utilisé intelligemment en binôme avec une hache, une scie ou un Leuku.


L’étui cuir est de bonne facture pour un couteau industriel, il possède une rétention correcte et le mode de port est typique pour ce genre de couteau. Le passant de ceinture mobile aurai mérité un bouton pression pour faciliter la mise en place à la ceinture.


Pour conclure, Spyderco a réussi à faire une belle représentation et un bel hommage aux couteaux traditionnels finlandais.

Il ne manque pas grand-chose pour avoir un Puukko industriel sympa, pas très loin derrière les versions custom de Pekka Tuominen.

Dans tous les cas une chose est sure, chacun trouvera son bonheur dans cette version industrielle du Puukko fabriquée par Spyderco ou un custom de chez Pekka Tuominen ou un simple Mora qui d’un point de vue qualité/prix n’aura pas à rougir de ses capacités sur le terrain.












* Cet article est disponible dans le magazine Survival n°27









lundi 11 juillet 2022

HEU VANG JEAN aka VAM

« Traditions et savoir-faire d’un coutelier forgeron Hmong en Guyane Française »

Lors d’un de mes voyages en Guyane française en 2019, je suis passé au village de Cacao pour effectuer une petite visite au célèbre marché local et en profiter par la même occasion pour déguster une délicieuse soupe Hmong.

Remontons quelques années en arrière…

Les Hmong sont arrivés en Guyane en 1977 comme réfugiés politiques et depuis ils ont contribué au développement de l’agriculture dans ce département français situé en Amérique du Sud.

En me baladant à pied dans le village, j’ai cru entendre au loin des coups de marteau sur une enclume… 

Je me suis laissé guider par cette douce mélodie et je me suis retrouvé devant l’atelier d’un forgeron.

Il m’invite à rentrer chez lui et nous voilà partis pour discuter d’objets qui coupent et qui piquent. Il me présente son travail qui est tout simplement comme j’aime « simple et efficace » pas de fioritures et le tout fabriqué avec des matières premières locales.

Le couteau en photo dans cet article est typique des couteaux traditionnels Hmong, nous pourrions le qualifier dans la catégorie « camp knife » avec sa lame de 30 centimètres de long pour 6 millimètres d’épaisseur au plus large et le tout forgé dans une lame de ressort. La lame est montée sur soie dans un manche en bois local, ici de l’amourette. 

L’étui est constitué de 2 parties symétriques en bois assemblées à l’aide de lianes.

Avec ses 830 grammes, nous sommes dans la catégorie « poids lourd », mais il répond parfaitement aux tâches pour lequel il a été fabriqué. Concevoir un carbet dans les « grands bois » de Guyane, débiter du bois pour alimenter le feu du bivouac, découper des gros quartiers de viande de gibier local fraichement chassé, etc…

Il est temps maintenant de vous présenter ce très sympathique et talentueux coutelier forgeron Hmong qui m’a accueilli une nouvelle fois chez lui en 2021 pour que je vienne récupérer mon précieux que vous pouvez admirer en photos dans cet article.

Lors de la réalisation de ce couteau, Jean a pris le temps de faire des photos pour illustrer certaines étapes de la fabrication. Merci à lui car ce n’est pas toujours la chose la plus sympa à faire pendant que l’on fabrique un couteau.


1/ Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Heu Vang Jean (Vam) , Hmong originaire du Laos. Je suis arrivé en 1977 en Guyane avec ma famille à l’âge de 2 ans. Nous habitons à Cacao. Je suis agriculteur et je forge par passion.


2/ A partir de quel âge as-tu eu cette passion pour les couteaux et à partir de quand as-tu commencé à fabriquer tes propres lames ?

J’ai toujours vu mon père forger. Enfant, je devais l’aider, le soufflé manuel m’était dédié ! La forge, c’était quelque chose de désagréable et je ne m’y intéressait pas. En 2001, la Chambre du Commerce et de l’Industrie de Guyane contacta mon père pour lui proposer de présenter la coutellerie Hmong à la Foire de Paris parmi les autres artisanats ethniques de Guyane. Mon père ne parlant pas bien le français, il me demanda de le remplacer. J’ai alors dû m’entrainer 6 mois à l’avance pour connaître les produits et les techniques de forge. C’est en pratiquant que ma passion est née.


3/ Quelle est ta vision générale pour un couteau, il doit répondre à quels critères ?

Pour moi, un couteau doit d’abord être fonctionnel et répondre à son usage : travailler aux champs, couper du bois, dépecer du gibier, construire des abris. Equilibre, tranche et robustesse avant tout !

Je suis aussi un peu maniaque sur les finitions, je porte quand même beaucoup d’importance à l’esthétique.


4/ Il existe quelques variantes de couteau Hmong que ce soit au niveau de la forme de la lame et du manche, peux-tu nous donner plus de détails ?

Il existe deux silhouettes différentes de couteaux Hmong : le couteau mâle qui a le dos droit et le couteau femelle qui a le dos bombé/cassé.  A part ça, l’aspect des couteaux varie en fonction du forgeron : manche en fer, manche en bois, pointe plus ou moins courbée...


5/ Je crois également que tu fabriques une version plus petite en gardant le même design ? Pourquoi cette version ?

En effet, je fais des couteaux de plus petite taille. C’est une demande des visiteurs qui en avaient une autre utilité : ils souhaitaient un couteau plus portable, pour la cuisine ou comme souvenir.


6/ Tu forges tous tes couteaux, quel type d’acier utilises tu en général et quelles sont les autres matières premières que tu utilises pour la réalisation de tes lames et de tes étuis ?

Les lames sont forgées à partir de lames de ressort ou de guides de tronçonneuse. Le manche est taillé dans du bois brut local. L’étui, quant à lui, est fait à partir d’un bois local qui ne bouge pas (Wapa de préférence) et maintenu à l’aide d’un tressage de lianes.











7/ Je sais que tu fonctionnes beaucoup aux bouches à oreille pour tes commandes. Mais ton travail mérite vraiment d’être plus connu, alors pour 2022 tu penses nous faire une petite page Facebook ou Instagram pour nous présenter tes belles lames ?

C’est une idée intéressante. J’avoue y avoir déjà pensé. Mais j’ai déjà beaucoup de demande et je tiens à ce que cette activité reste une passion et non un travail à temps plein !


8/ Pour finir cette interview, je te propose de répondre aux questions « existentielles ».


- Forge à gaz ou forge à charbon ?

Forge à charbon

- Marteau ou enclume ?

Marteau

- Machette Brésilienne Tramontina ou couteau Hmong ?

Couteau Hmong

- Coq de combat ou lapin de garenne ?

Coq de combat

- Rhum ou bière ?

Rhum

- Guyane ou métropole ?

Guyane

- Et pour conclure : Soupe Hmong ou poulet boucané ?

Poulet boucané


Merci à Jean Heu Vang pour cette interview.

Contact email: hawj_jean@hotmail.fr

*Cet article est disponible dans le magazine Survival n°36




dimanche 26 juin 2022

PATRICK VINCENT aka PAT DAIR



1- Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je viens d’avoir 61 ans, je suis natif de Marseille où j’ai grandi dans un quartier populaire. Je vis depuis une vingtaine d’années dans le Vaucluse. Professionnellement, après avoir travaillé comme portier dans un night-club du quartier turbulent de l’Opéra pendant mes études, j’ai occupé depuis diverses fonctions en sécurité privée en tant qu’opérateur puis encadrant, avant de devenir responsable sécurité d’une Administration. Poste que j’occupe depuis 17 ans avec un périmètre comprenant la sécurité, la sûreté et la santé au travail. Je suis aussi formateur en secourisme.


2- Quel est ton parcours dans les sports de combat et les arts martiaux ?

J’ai commencé à pratiquer il y a maintenant 47 ans par le Karate, suite à un cambriolage alors que j’étais présent et qui me valut mon premier coup de lame et ma première cicatrice, trois jours après mon quatorzième anniversaire. J’ai décidé, ce jour-là, de ne plus jamais subir la violence d’autrui.


Pourquoi le Karaté me diras-tu ? Eh bien nous étions en pleine période Dr Justice et Bruce Lee et le Karaté bénéficiait alors d’une aura d’efficacité. Il faut dire qu’on était loin, dans les clubs, de l’absence de contact tant raillée aujourd’hui et qu’on y trouvait de sacrés clients. Puis ce fut le mouvement du full-contact qui réclamait plus d’engagement en combat, puis le kick-boxing et enfin le Muay-Thai, avec toujours le raisonnement communément admis que plus c’était dur, plus c’était efficace en situation. Pourtant, si les sports de combat sont très intéressants pour l’endurcissement et la gestion du stress en combat, ils n’en demeurent pas moins codifiés par des règles, règles qui n’existent pas en situation. Après quelques titres régionaux en full et une finale nationale en Taekwondo, j’ai cessé les compétitions dont j’avais perçu les limites, ainsi, d’ailleurs, que les miennes propres.


J’ai donc alors cherché du côté des disciplines affichées comme dédiées à la défense personnelle et j’explorais donc les Tai et Jiu-Jitsu ou encore le Sambo. Mais là encore, la richesse du baguage technique proposé, sensé pouvoir faire face à toutes les attaques possibles paraissait bien difficile à mettre en œuvre en situation.


Quelques pionniers ont alors proposé une vision plus réaliste et j’ai suivi, un temps les enseignements de Charles Joussot et Robert Paturel. Puis, plus tard et grâce à des amis Belges, j’ai eu la chance de participer aux stages de Fred Perrin et de l’ACDS dans sa version originelle inspirée par Fred.


J’y ai rajouté le travail du bâton irlandais (Bataireacht) qui s’intègre parfaitement aux principes.


J’enseigne maintenant depuis 31 ans


3- Quelles sont les personnes qui t’ont influencé dans ta pratique et ta vision du combat ?

D’abord je tiens à remercier sincèrement ceux qui se sont introduit chez ce gamin fluet et rêveur et qui lui ont permis de prendre conscience des réalités de la vie. Merci aussi à chacun de mes nombreux enseignants qui m’ont tous appris quelque chose . Mais je garde une pensée particulière pour mon premier professeur de Karate, Laurent Saidane, membre de la célèbre équipe de France, avec Valéra, Paschy, Petidemange, Gruss, etc … Il était le plus léger de l’équipe mais prenait en combat contact tous ceux qui venait le visiter (plutôt le défier), marines américains, légionnaires, boxeurs, qui lui rendaient souvent 20 ou 30 kilos. Aussi Maître Tamas Weber pour son Karate très opérationnel et rude malgré une grande gentillesse et sollicitude. Sa méthode de self-défense pratique fut la première que j’ai enseignée. Christian Bruzat qui représentât longtemps le Sambo en France, technicien pluridisciplinaire hors pair et qui me présentât cette discipline dans toute sa richesse et que je finis par enseigner.


J’ai suivi l’enseignement ou participé à des stages avec de nombreux grands noms nationaux ou internationaux. Des pionniers Français comme Charles Joussot ou Robert Paturel m’ont impressionné avec leur rupture avec le : « s’il fait ceci, je fais alors cela ». J’ai aussi été très intéressé par l’approche de Lee Morrison que j’ai fait venir deux fois ou encore de celle de Rich Dimitri, Marc Mc Young, Mike Janich, Kelly Mc Cann. Mais c’est Fred Perrin qui demeure ma référence.


4- Nous nous connaissons depuis environ 20 ans et nous avons participé à plusieurs stages de « Protection Personnelle / Combatives » dirigé par Fred Perrin. Aujourd’hui, ou en es-tu dans ta pratique ?

Comme je le disais plus avant, étant confronté moi-même depuis près de 40 ans à des situations délicates c’est l’enseignement des principes de Fred que je trouve le plus adapté et c’est ce que je continue à pratiquer et à enseigner. Bien sûr mâtiné de mes expériences et agrémenté de recherches qui me sont plus personnelles. Parmi elles, le travail du Bataireacht et du Kukri, le célèbre grand couteau Népalais.Je travaille aussi beaucoup avec différents sabres, Européens comme la Shashka Russe ou Thaïlandais.



Je travaille aussi en Chi-kung et Tai-Chi pour lesquels je suis des cours particuliers et m’intéresse de plus en plus à la Médecine Traditionnelle Chinoise.


5- Outre la passion des couteaux que nous avons en commun, nous en avons également une autre : le « stick fighting ». Tu as choisi de te spécialiser dans le combat au stick Irlandais, peux-tu nous en dire plus ?

J’ai d’abord découvert l’objet, le Shillelagh (Bata en gaélique Irlandais) à travers les réalisations de Liam O’Caidlah un des plus célèbres facteurs Irlandais. Le premier me fut offert par un ami qui savait mes problèmes de santé et voulait m’encourager à garder un esprit martial malgré l’obligation d emarcher avec une canne. Puis, j’ai recherché des sources de l’Irish Stick Fighting (Bataireacht en Gaélique Irlandais). Malhreusement, la pratique avait quasiment disparue en Irlance. et ce sont principalement des membres de la Diaspora à travers le monde qui ont permis de découvrir ou redécouvrir ce patrimoine martial. Au premier rang desquels figure l’universitaire Canadien d’origine Irlandaise, John W. Hurley qui a écrit une véritable bible : Shillelagh, the Irish fighting stick et qui citait la famille Doyle, installée comme lui au Canada, comme une des seules lignées ininterrompues de pratiquant. J’ai alors contacté Glen Doyle avec qui j’ai échangé longuement puis qui m’a dressé à son représentant d’alors en Europe, Hendrik Rôber, un Allemand. Parallèlement j’ai aussi contacté des pratiquant Irlandais de diverses disciplines cherchant à retrouver le patrimoine martial natif mais à travers le prisme de disciplines plus exotiques et je n’ai pas donné suite. Après plusieurs stages et des échanges constant j’ai pu intégrer dans mes cours une partie de recherches pratiques incluant le Shillelagh et je continue toujours.


J’ai aussi eu l’insigne honneur d’animer quelques stages pour présenter la pratique à nos compatriotes.



6- Ou pouvons-nous te croiser pour des cours ou un stage de combat au bâton Irlandais ?

J’ai eu plusieurs salles sur Marseille et dans le Vaucluse mais là, je me concentre sur l’espace sportif que j’ai créé au sein de mon administration et où je donne cours. J’ai en projet quelques stages si mon planning professionnel chargé m’en laisse l’occasion. J’envisage aussi de tirer partie de l’expérience acquise lors de la pandémie pour donner stage en vidéo simultanément dans plusieurs clubs pour pallier justement ces difficultés de déplacement.


7- Tu as co-écrit un manuel dans le domaine de la Protection Personnelle nommé « R.E.P.E.R.E.S », peux-tu nous dire pourquoi avoir écris ce manuel et dans les grandes lignes, que pouvons-nous retrouver dans celui-ci ?

J’ai écrit la première version de R.E.P.E.R.E.S. (Règles Élémentaires de Prévention dEs Risques liés à la violEnce en Situation) en 2005. J’avais sollicité la relecture et les conseils d’Éric Henrion (Capitaine de police), Fred Bouamache lui aussi fonctionnaire de Police et futur co-auteur de PROTEGOR et de Fred Perrin. C’était un petit document de 16 pages sans une seule photo. J’avais souhaité proposer ce document en open source car il n’existait rien sur le sujet de la Protection Personnelle en langue Française. On y trouvait abordé :

  • des généralités sur le combat rapproché et les options d’évitement,
  • les risques au volant et dans la circulation,
  • les risques au domicile,
  • le rôle de la tenue vestimentaire en Self-protection,
  • la prévention et la défense contre les chiens,
  • le risque terroriste,
  • les holdup et prises d’otages,
  • les risques de vol avec ou sans violences
  • les principes juridiques de la légitime défense,

La deuxième version sortie en 2010 a été, elle, rédigée à trois mains et sous l’égide du CEETS dont j’étais alors président. L’acronyme était toujours le même mais nous avions changé le titre complet (Repérer Evaluer Prévenir Eviter les Risques En Situation).Il y eu deux co-auteurs principaux, Toujours Eric Henrion et Karine Martin alors secrétaire du CEETS et très impliquée dans ces sujets en tant que mère de famille. Fred Bouamache y a aussi participé ainsi que d’autres fonctionnaires de Police et des travailleurs sociaux.

Cette version est bien plus étoffée, illustrée de nombreuses photos et bénéficie d’une mise en page professionnelle.



8- Peux-tu me donner 3 principes de base de Sécu-Perso à appliquer au quotidien en milieu urbain ?

  • L’analyse de risques est probablement le plus important et valable où que ce soit. Soit compte tenu de tel mode de vie, telles conditions, telles activités de loisirs ou professionnelles qu’est-ce qui peut arriver le plus probablement et avec quel niveau de gravité. Cette analyse doit être menée avec lucidité, sans déni mais sans fantasmatique, non plus.
  • La vigilance et l’observation pour anticiper et réagir de façon opportune. Je rentre dans un lieu que je ne connais pas, je me place de façon à avoir un visuel sur qui rentre, j’ai repéré les issues de secours dédiées ou utilisables (fenêtre en rez de chaussée) près desquelles je me positionne de préférence, les objets et le mobilier autour de moi qui pourraient être utilisés pour me protéger (table, chaise, porte-manteaux) ou servir d’arme d’opportunité (verre, bouteille, vase). En cas de bagarre ou de mouvement de foule je me replie en guidant mes proches et en fermant la marche en checkant la situation en permanence. L’observation et la vigilance doivent être entraînés et très rapidement, on s’aperçoit qu’on a plus facilement une vision d’ensemble des situations et des interactions des acteurs. On pourra s’exercer en repérant le nombre, les tenues, les âges, les signes particuliers et le niveau de calme des personne présentes là où on se trouve. On s’apercevra peu à peu que cette « gymnastique » n’est pas du tout anxiogène et ne nous empêche pas de profiter d’un repas ou d’une conversation.
  • La préparation car le bon sens et l’observation ne font pas tout, il convient que l’observation et la vigilance amènent les actions opportunes au moment opportun. Pour ce, une formation à la protection personnelle et aux premiers secours sont des incontournables ainsi que l’emport d’un matériel minimal très bien maîtrisé et adpté aux risques à traiter (EDC).


9- Je sais que tu es un amateur de belles lames, peux-tu me donner ton top 3 de couteaux pliants et ton top 3 de couteaux fixes (industriel et ou custom) ?

Comme tu le dis, il ne s’agit que de ma vision des choses, MON top 3, en fonction de mes expériences d’utilisation et des modèles que j’ai utilisé.

Pour les pliants : 

  • Un Opinel N°9 à Virole (en photo un des premiers modèles avec la virole qui est encore en acier carbone) car simple, pas cher, léger et compact, polyvalent et très efficace avec son blocage de lame. Le couteau synonyme de passage d’enfant à apprenti adulte et mon premier couteau offert par mon Grand-Père, un sacré bonhomme.
  • Un couteau Suisse, génial et fonctionnel servant tous les jours pour de multiples tâches sans la crainte sociale parfois associée au couteau.
  • Un Filipino Hand Made Balisong, pour la rusticité et la fiabilité de sa cinématique qui le rend facile à réparer en mode dégradé.

Pour les fixes :

  • Un Kukri MKII réglementaire dans l’armée Britannique pendant la WWII, je développerai pourquoi ce choix si tu le souhaites.
  • Un Bowie de notre ami Fred Perrin avec une préférence pour son DRA Bowie custom, mais le FB04 qu’il a designé pour Spyderco n’est pas loin derrière. J’ai échangé à notre ami commun David Manise un DRA de Fred et un Seven d’un certain Tony Lopes, contre deux Busse raides neufs. Et je ne regrette pas une seule seconde cet échange. Le DRA m’accompagnait partout hors des sentiers battus et c’est très certainement celui que je prendrais pour remplacer mon vieux Camillius en situation dégradée
  • Enfin une griffe, toujours de Fred Perrin, dans un contexte plus urbain d’outil de secours toujours à portée de main et dont la fantastique ergonomie permet d’effectuer d’autres tâches sans jamais lâcher le couteau. J’en ai plusieurs de différentes formes et chacune à une destination, mais ma préférence va à un modèle custom à lame clip point à double tranchant. Je crois savoir, justement que tu as un modèle à venir designé en collaboration avec Fred et qui m’intéresse au plus haut point.

Ta limitation est réellement cornélienne et mon choix dicté par des impératifs pratiques. Car plus élargi j’y aurai ajouté un Neck Knife cutom et un splendide Bowie Shivaki Like de mon ami Xavier Conil, réalisé avec l’accord et les félicitations du Maître.




10- Restons dans le monde du couteau, pourquoi apprécies-tu particulièrement les Kukris ?

Un Kukri, c’est à la fois un camp knife, une hachette, une machette et une fantastique arme de combat rapprochée. Pour info, j’ai retrouvé des témoignages attestant que les célèbres Rangerss US de l’unité des Merill’s Mauders harcelant les Japonais derrière leurs lignes en Birmanie avec l’aide de la guérilla locale, avaient en dotation un Kukri. L’équilibre et le grip particuliers peuvent dérouter mais quand on l’utilise et pratique on en découvre peu à peu tout l’intérêt de cette lame recurve.

J’ai d‘ailleurs initié un groupe de recherche sur le sujet fort d’une trentaine de membres avec des aspects culturels, historiques mais aussi de travail du combat au Kukri.




11- Quels sont les outils qui composent ton EDC ? 

Par EDC j’entend la base de ce que j’ai sur moi et en plus de mes papiers, j’ai dans mon larfeuille :

  • Une plaque titane affutée derrière une carte de visite en ultimate back up.
  • Du tape enroulé sur une carte plastifié pour réparer, colmater, isoler électriquement, stabiliser un compressif de fortune.
  • Du liquide.

Dans les poches :

  • Un SAK Victorinox Forester qui a des outils de base solide, qui s’ouvre à une main et qui n’émouvra pas la maréchaussée.
  • Un ASP Key defender qui projette du spray OC et constitue un kubotan efficace (testé).
  • Un Sharky qui me permettra d’écrire sur un garrot ou tout autre support et fera un bon kubotan de fortune avec lequel on me laissera entrer absolument partout.
  • Une flashlight avec un bon ratio puissance/autonomie et, là aussi, avec laquelle je pourrai avoiner un malveillant.
  • Un paquet de kleenex qui fera un bon compressif en protégeant ma main du sang, palliera un ennui gastrique ou filtrera une flotte douteuse avec un peu de sable et de cendre.
  • Une pince pliante Leathermann très compacte.
  • Et, bien sûr un smartphone.

Sur mon trousseau de clés :

  • Un RESQ-ME pour briser une vitre et couper une sangle.
  • Une mini lampe de back-up pour voir et se signaler.
  • Un sifflet pour se signaler.
  • Un micro Spyderco.

Sauf milieu très surveillé, j’ai aussi toujours une griffe en neck.

Ceci étant pour la 1ère strate. En 2ème strate, j’ai du matériel complémentaire de premiers secours, d’hydratation et de protection thermique ainsi qu’un téléphone durci en back-up et une Leathermann Charge Ti, dans une sacoche (5.11 Covert zap 6).

La 3ème strate, c’est un sac à dos dans le coffre de la voiture, avec un rechange de vêtements solides et chaud, une paire de pompes pour marcher longtemps, un sac de couchage, un gros contenant à eau, quelques rations.


12- Peux-tu nous parler de tes futurs projets ?

Continuer dans les voies traditionnelles Chinoises par la pratique du Pakua et du Hsing Hi pour explorer l’interne. Je pense que cette recherche n’est pas antinomique avec mon travail très pratique. Multiplier aussi les échanges autours des recherches sur le travail au Kukri et le Bataireacht.

J’ai également un ouvrage sur la protection personnelle en préparation et je souhaite que mes dernières années d’activités professionnelles se réorientent vers la formation.

Enfin j’ai aussi quelques projets d'études universitaires que je n’avais pas pu mener à bien jusque là.



13- Quelle est ta devise dans la vie ? 

Elle tient en trois mots : la plume, le cœur et l’épée.

  • La plume pour apprendre, se libérer de la pensée des autres et transmettre ce qu’on a appris.
  • Le cœur pour l’attention aux autres et la détermination.
  • L’épée pour se protéger et défendre les valeurs socles sans être tributaire d’autrui.


14- Pour finir cette interview, je te propose de répondre aux questions « existentielles ».

- bâton ou couteau ?

Difficile de choisir une de ses deux jambes plutôt que l’autre, mais je dirais “couteau“, car avec un couteau je peux … me tailler un bâton où que j’aille.

- Irlande ou Philippines ?

Plus feu de tourbe que chaleur humide même si les Philippines sont magnifiques

- Sudiste ou nordiste ?

Difficile d’être aussi tranché, je peux être Savoie, Corse, Pays Basque, Connemara, Montana ou Highlands plutôt que Saint Tropez, Long Beach ou Courchevel. J’aime les endroit où les paysages et ceux qui y vivent ont une réelle identité jalousement protégée et qui ne se livre pas facilement.

- Victorinox ou Leatherman ?

Là aussi, les deux. Un Victorinox Forester One Hand tout le temps en poche car léger, très polyvalent et d’apparence pacifique complété par un Leathermann Charge Ti, plus complet, dans une poche de veste ou une sacoche.

- Ville ou campagne ?

Campagne, je n’aime pas le bruit et le monde dans les villes et je peux rester des heures immobile, au bord d’un lac du Connemara (un vrai pas façon Sardou).

- Pistolet ou revolver ?

Pistolet, Glock par pragmatisme et Colt 1911par nostalgie des armes de légende. Mais je suis aussi un fan inconditionnel et possesseur de Winchesters.

- Irish coffee ou café gnôle ?

Plutôt Guiness, en fait.

- Grey man ou tactical ?

Grey man un principe de vie parfois mal compris. On croit ainsi qu’il consiste à éviter à tout prix les problèmes alors qu’il s’agit en fait de ne pas générer l’agressivité et le défi sans jamais passer pour une proie facile.

- Gorka ou M65 ?

Là aussi, j’ai les deux mais M65 plus passe partout et polyvalent en ville.

- Et pour conclure : bouillabaisse ou moules-frites ?

Sans aucune hésitation malgré l’affection que je porte à nos potes Belges et Nordistes. C’est probablement la seule trace persistante de mes origines Marseillaises.



Merci à Patrick Vincent pour cette interview.

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