mardi 14 avril 2026

LES COUTEAUX DE COMBAT DU SOLDAT, HISTORIQUES ET MODERNES


Le couteau : un allié du soldat dans le combat

Sur le champ de bataille, le couteau est bien plus qu’un simple outil, il devient une arme de dernier recours, un allié silencieux dans les moments critiques. 

Utilisé pour perforer, cogner ou impacter un adversaire, il incarne l’efficacité brute dans un combat rapproché. 

Pour le soldat, il ne s’agit pas seulement d’une arme défensive ou offensive : c’est aussi un compagnon polyvalent. Il coupe des cordes, taille des bâtons, ouvre des caisses ou prépare une ration de survie. 

Dans les conflits modernes comme dans les guerres anciennes, il est une extension de l’instinct de survie, un objet rustique mais performant, à la fois utilitaire et symbolique. 

Le couteau, souvent porté discrètement est également une arme psychologique, rappelant que, dans les combats les plus intimes, chaque mouvement peut être décisif. 

À travers l’histoire militaire, il est resté un fidèle compagnon des soldats, témoin des batailles où la force brute et l’ingéniosité humaine se rencontrent.

Voici quelques exemples

WORLD WAR 1

FRANCE / FRENCH


Couteau de Boucher / French butcher knife


Couteau squelette à tête de serpent / Skeleton knife


Poignard Tige de tranchée (Le Clou Français) / The French Nail


Poignard de tranchée Modèle 1916


Coutrot N°1

ETATS-UNIS / UNITED STATES


Trench Knife US17


Trench Knife US Mark I (US18)

ALLEMAGNE / GERMANY


German WWI Fighting Trench Knife


Nicker


WORLD WAR 2

ETATS-UNIS / UNITED-STATES


USM3 Trench Knife


USN Mark 1 / MK1


USN Mark 2 / MK2


V-42 Stiletto


V-44 Survival Knife

ROYAUME-UNIS / UNITED KINGDOM


Fairbairn-Syke First Patern


Smatchet

GUERRE DU VIETNAM / VIETNAM WAR

ETATS-UNIS / UNITED STATES

MacV Sog

USN Mark 2

Gerber Mark 2

US M7

Jet Pilot Survival Knife


Randall Model 1

Randall Model 14

Ek Commando Model 3


COUTEAUX CONTEMPORAINS / CONTEMPORARY KNIVES

Colt Steel SRK Compact

Gerber LMF 2 Infantry

Spyderco Street Bowie

Buck 119 Special Pro

Ka Bar 1213

Ka Bar 1266

Sog Tech Bowie

Glock FM78

Chris Reeve Green Beret 5,5"

Chris Reeve Pacific

Station IX N8 S.E.R.E

Station IX N12 Undercover

Caractéristiques d’un couteau moderne de soldat

L'idée de base d'un couteau de combat pour un soldat est d'avoir un outil rustique et polyvalent, capable de fonctionner efficacement comme une « arme » en combat rapproché et comme un « outil » pour diverses tâches en extérieur.

Pour répondre à ces exigences, le couteau doit être robuste, ce qui justifie le choix d'une construction « plate semelle ». L'utilisation d'un « acier carbone », associé à un traitement thermique adapté, est souvent privilégiée pour faciliter l'affûtage sur le terrain et renforcer la résistance aux contraintes latérales subies lors d'un usage intensif.

Un couteau de combat opérationnel se caractérise généralement par une garde à double quillon pour protéger la main du combattant, une caractéristique fréquemment retrouvée dans les couteaux utilisés à travers l'histoire. Cette garde doit toutefois être conçue de manière à ne pas entraver l'utilisation sous contrainte ni s’accrocher à l’équipement.

Le manche doit présenter une ergonomie asymétrique, permettant à l’utilisateur de déterminer instinctivement l’orientation du tranchant, de jour comme de nuit, et quelle que soit la prise en main lors de la mise en œuvre. Les manches symétriques, en revanche, sont plus adaptés aux dagues, dont l’utilisation diffère. Pour Les plaquettes du manche, il faut privilégier des matériaux comme le G10 (ou Micarta), choisis pour leur solidité, leur résistance aux variations de température et à l'humidité. Ce matériau rend les plaquettes imputrescibles, quelles que soient les conditions environnementales, que ce soit en montagne ou en milieu équatorial. Une finition satinée et antireflet est également courante pour une meilleure adhérence et discrétion. L'assemblage avec des vis tubulaires permet différentes options de fixation, offrant la possibilité de sécuriser le couteau à la main à l'aide d'une "drisse traversante".

Côté lame, une longueur d’environ 130 millimètres offre un bon compromis entre une efficacité létale en combat rapproché et un encombrement réduit, compatible avec le port sur l’équipement du soldat. Une émouture de type « Saber Grind » est souvent choisie pour sa polyvalence, tandis qu'une pointe de style « Clip Point / Bowie » apporte un pouvoir de pénétration efficace. Une finition sombre, comme le « Dark Stonewash », est généralement appliquée pour la discrétion.

Enfin, l’étui, souvent fabriqué en Kydex, doit être conçu pour offrir de multiples options de fixation, afin de s’adapter aux différents systèmes de port et équipements individuels. Ce matériau thermoplastique imputrescible offre une excellente résistance aux variations de température, nécessite peu d’entretien, et permet une mise en œuvre rapide et instinctive du couteau, même en situation de stress.

Caractéristiques d'un couteau de combat opérationnel


"Keep your edge"

mercredi 8 avril 2026

LA BOITE A MALICE

Le concept de la « boîte à malice » est une notion que j’ai découverte il y a maintenant de nombreuses années.

Au début des années 2000, j’ai participé à un stage de Protection Personnelle dispensé par Fred Perrin et Éric Haffray. Ce stage était composé de plusieurs modules, dont l’un portait spécifiquement sur le concept de la "boîte à malice".

Eric Haffray à gauche et Fred Perrin à droite

La boîte à malice désigne un ensemble d’outils tranchants, perforants, impactants, ou encore hybrides, réalisés pour la plupart de manière artisanale. L’idée est d’exploiter des objets du quotidien et des matières premières immédiatement disponibles dans l’environnement dans lequel on évolue, en les détournant ou en les transformant à des fins utilitaires ou défensives. À cette époque, je n’étais pas encore coutelier professionnel, mais j’étais déjà profondément passionné par les couteaux et les sports de combat.

De mon côté, je bricolais déjà quelques couteaux à partir de chutes de ferraille qui traînaient dans le garage de mes parents.
Mais lors de ce stage, j’ai découvert bien plus que des couteaux façonnés dans un simple morceau d’acier : j’ai compris qu’avec de l’imagination, il était possible de concevoir une multitude d’armes blanches non conventionnelles. En réalité, la seule limite à ce concept reste l’imagination.

Ce principe se retrouve d’ailleurs très largement dans le milieu carcéral. Privés d’accès aux armes conventionnelles, les détenus fabriquent des armes de fortune à partir des matières premières disponibles sur place.

Quelques années plus tard, j’ai travaillé pendant près de dix ans autour de ce concept. À l’époque, un ami à moi était contractor en mission de contre-piraterie en Somalie. Il avait besoin «d'outils» capables de voyager à l’étranger, de passer certains contrôles, et d’être immédiatement opérationnels sur zone. Nous avons donc longuement réfléchi et travaillé ensemble sur ces problématiques, et j’ai fabriqué un certain nombre d’outils pour l’accompagner lors de ses déplacements.

Ces outils sont répartis en plusieurs catégories :

- Armes de fortune industrielles 

- Armes de fortune artisanales

- Armes dissimulées industrielles

- Armes dissimulées artisanales

- Armes clandestines (NPE – Non Permissive Environment)

Ils se déclinent également en sous-catégories fonctionnelles :

- Tranchant

- Perforant

- Tranchant & perforant

- Impactant

- De jet

- A propulsion

- Chimique

Pour ma part, je me limite volontairement à ces catégories. Les armes à feu constituent un domaine à part entière, que je ne maîtrise pas suffisamment pour en parler avec légitimité. Mon métier, depuis plus de vingt ans, est la fabrication de couteaux : je suis coutelier, pas armurier.

Ce concept s’adresse en priorité aux professionnels des métiers des armes ou de la sécurité opérant dans des environnements à risque, mais également aux journalistes, aux personnes présentant un fort potentiel de kidnapping, et plus largement à toute personne lambda. Car personne n’est réellement à l’abri : tout dépend de qui vous êtes, d’où vous vous trouvez et de ce que vous faites.

Aujourd’hui, j’ai l’opportunité et la chance d’intervenir ponctuellement comme consultant auprès de certains opérateurs sur des sujets précis, dont celui-ci. Ces échanges me permettent de continuer à faire évoluer et affiner ce concept au contact direct d’hommes de terrain. Je les remercie pour leur confiance.

Module boîte à malice pour des opérateurs

Vous trouverez ci-dessous quelques photos d’un exemple très connu « d’arme de fortune ».

Je pourrais en montrer des dizaines, voire des centaines, mais je préfère laisser le champ libre à votre imagination.

Attention toutefois à cet exercice mental : une fois commencé, vous risquez de voir des « armes de fortune » partout…




"Keep your edge"

mercredi 1 avril 2026

LE BALISONG


Il y a une histoire profonde qui me lie à ce concept de couteau, une passion qui remonte à mon enfance. Tout a commencé lorsque j'avais environ 7 ans, quand un ami, Charles, m'a transmis sa fascination pour les couteaux. C’est à cet âge que mon père m’a acheté mon premier couteau dans une armurerie : un Balisong.

Ce type de couteau a accompagné une grande partie de ma jeunesse, particulièrement durant les années 80-90, période où il était très en vogue. Au fil du temps, j'ai eu la chance de posséder différents modèles, allant des plus exotiques, fabriqués aux Philippines, aux plus modernes en titane montés sur roulements à billes. Mais au-delà des matériaux et des designs variés, ce couteau présente plusieurs caractéristiques qui le rendent particulièrement intéressant.

Tout d’abord, par sa conception, lorsqu'il est en position ouverte et correctement tenu en main, il est impossible que la lame se referme sur vos doigts, ce qui en fait l’un des couteaux pliants les plus sécurisés sur le marché. Les couteaux OTF (Out The Front) et les Trifolders appartiennent également à cette catégorie de « pliants sécurisés », mais c’est un autre sujet.

  • Il peut s’ouvrir et se fermer d'une seule main de manière assez facile et rapide avec un peu de pratique.

  • En position fermée, avec la lame logée entre les deux branches, il est également très sûr. Par exemple, en cas de chute à vélo ou à moto, une lame fixe dans son étui en cuir ou Cordura peut traverser l’étui et vous blesser. Cela est impossible avec un Balisong correctement fermé et rangé dans un étui de ceinture.

  • Si une vis ou un rivet d'une des deux branches venait à se perdre, il est assez simple de le remplacer sur le terrain avec un clou, une goupille, un anneau brisé ou même un simple fil de fer du bon diamètre en guise d’axe de fortune.

  • Selon la taille de votre Balisong en position fermée, il peut également servir d'outil d'impact pour votre Protection Personnelle.

  • Lors de certaines ouvertures spécifiques, les branches peuvent aussi être utilisées pour frapper un adversaire.

  • Grâce à sa conception mécanique rustique, il est plutôt solide pour un couteau pliant et peut facilement remplacer une lame fixe pour des tâches légères en milieu naturel.

Je ne vais pas revenir sur l’historique du Balisong, car beaucoup l’ont déjà fait avant moi et son origine reste incertaine, rendant difficile toute affirmation définitive. Toutefois, il est intéressant de noter que ce couteau pliant a été utilisé dans certains conflits, comme dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale par certains de nos « Poilus », ou encore durant la guerre du Vietnam.

Le Balisong a souvent été mal perçu, injustement associé à un couteau de « voyou » en raison des films des années 80-90. Aujourd’hui, il est principalement prisé par une clientèle assez jeune, qui se passionne pour le « flipping », une pratique consistant à exécuter des figures acrobatiques avec le couteau. Cela développe une dextérité impressionnante, mais nécessite des heures d'entraînement. Pour être honnête, ce n’est pas vraiment mon domaine d'intérêt, car ma pratique du Balisong est plus orientée vers le « combat » que vers le « flipping », mais une chose est sur, ce concept a encore de belles années devant lui.

Le fait qu’il soit souvent lié à la rue ne le rend pas plus dangereux qu’un Opinel ou un autre couteau. Comme toute arme, il est dépourvu de vie et n’est que le prolongement de la volonté de la personne qui l’utilise.

Comme vous l’aurez compris, c’est un concept que j’affectionne tout particulièrement pour sa fiabilité, son efficacité et sa rusticité. Il a traversé les époques grâce à ces qualités indéniables.

(Balisong anatomy)

(De gauche à droite : N14 "Le Poilu" by Station IX, BM51 "Morpho" by Benchmade, BM42 by Benchmade, BM31 by Benchmade, "CIA Balisong" by Hackman, Padayan by Armand Palacio)


(Impact Tool)


"Keep your edge"



LE BALISONG


Mode de port


Après plusieurs essais pour déterminer la meilleure façon de porter mes couteaux papillon, j’ai finalement opté pour le mode de port "Shock Fly System".

Simple et efficace, ce système réunit les deux qualités essentielles à tout concept opérationnel : la fonctionnalité et la simplicité. En situation réelle, il n’y a pas de place pour les fioritures.

J’ai conçu ce système en suivant un cahier des charges, répondant à des besoins concrets :

  • Mise en œuvre rapide du couteau

  • Déploiement instinctif, même sous stress

  • Port discret et peu détectable

  • Optimisé pour un encombrement minimal

  • Installation simple

  • Coût très faible

  • Fabrication rapide et accessible

  • Matière première faciles à se procurer

  • Signature sonore réduite en phase statique comme dynamique (port et extraction)

  • Libération naturelle du latch lors de la mise en œuvre

Ce système est né d’un besoin réel, avec une priorité donnée à l’efficacité, la simplicité, et l’adaptabilité.




« Keep your edge »




LE BALISONG


STREET OPENING


  • Technique 1 : Haut Bas Haut

  • Techniques 2 : Côté Bas Haut

  • Technique 3 : Circulaire

  • Technique 4 : Rotation

  • Technique 5 : Ice pick

Il existe une multitude de techniques pour ouvrir et fermer un balisong. Toutefois, beaucoup ne sont pas adaptées à la « Protection Personnelle » ou à une situation sous stress.

Comme toujours, tout dépend de trois facteurs essentiels :

  • Qui l’on est

  • Où l’on est

  • Ce que l’on fait

On peut distinguer deux styles principaux : le « Flipping Freestyle » et le « Street Opening ».

Le Flipping Freestyle

Ce style est idéal pour développer la coordination et la motricité fine des doigts et des mains. Il se caractérise par des manipulations complexes, souvent techniques, parfois même aériennes. Certaines figures demandent des heures, voire des semaines, de pratique, et certaines peuvent s’avérer risquées pour l’intégrité de vos doigts. C’est une discipline exigeante, mais excellente pour progresser dans le maniement global du balisong.

Le Street Opening

Ce style repose sur un ensemble réduit de techniques simples, conçues pour être rapidement assimilées et applicables en situation réelle. Il ne demande pas une grande dextérité manuelle et peut être maîtrisé en relativement peu de temps. Ici, pas de fioritures : chaque geste est fonctionnel, direct, pensé pour l’efficacité.

Ces deux approches ne sont pas incompatibles: bien au contraire, elles peuvent être complémentaires.
Personnellement, je consacre environ 80 % de ma pratique au Street Opening, et 20 % au Flipping Freestyle.
Ce choix me permet, d’une part, de renforcer ma fluidité et ma capacité à exécuter des techniques simples et efficaces sous pression ; et d’autre part, d’améliorer ma motricité fine en explorant des mouvements plus techniques qui enrichissent, à terme, mon Street Opening.


« Keep your edge »